La Colombie est devenue le premier pays des Amériques où des cas de mutilations génitales féminines (MGF) ont été signalés à adopter une législation interdisant spécifiquement cette pratique, après l'approbation par le Congrès du projet de loi « Filles sans mutilations génitales féminines » (Niñas sin Mutilación Genital Femenina). Plan International salue l'adoption du projet de loi 440, qu'elle considère comme une avancée historique pour les droits des filles en Colombie. La loi doit désormais recevoir l'approbation présidentielle avant d'entrer en vigueur.
« Les filles en Colombie ont le droit de grandir à l’abri de la violence et des pratiques qui nuisent à leur corps et à leur avenir. Cette approbation envoie un message clair de la part de l’État colombien et de toutes les personnes qui ont œuvré aux côtés des communautés pour parvenir à ce résultat. Avec la loi de l’année dernière qui a mis fin au mariage des enfants, nous assistons à un progrès réel et durement acquis pour les droits des filles dans ce pays. », a déclaré Ángela Anzola, présidente de Plan International en Colombie.
Les MGF constituent une forme grave de violence sexiste qui porte atteinte aux droits des filles à la santé, à l’intégrité physique et à la dignité. À l’échelle mondiale, 230 millions de filles et de femmes ont été victimes de cette pratique. En Colombie, le suivi mené par des députées et des institutions nationales a permis d'identifier plus de 100 cas depuis 2023, mettant en évidence la nécessité de mettre en place des mesures de prévention et de protection urgentes.
Entre janvier 2024 et mars 2026, 98 cas de filles victimes de MGF ont été enregistrés en Colombie, selon le Sistema Integrado de Información sobre Violencias de Género (SIVIGE). Plus de la moitié de ces cas, soit 56 %, concernaient des filles de moins de cinq ans.² Seuls 14 des 32 départements colombiens ont signalé des cas au cours de cette période, ce qui indique une sous-déclaration importante à l’échelle nationale.
Mesures de prévention, de lutte et d'élimination
En Colombie, les MGF sont liées à des facteurs sociaux plus larges, notamment des normes de genre néfastes et des obstacles à une éducation sexuelle complète. Pour les éradiquer, il faut adopter une approche respectueuse, sensible aux différents contextes et ancrée dans les droits humains. Bien que cette pratique ait principalement été documentée au sein de certaines communautés Emberá, il est important de noter que toutes les communautés Emberá ne la pratiquent pas, et que beaucoup s’en sont éloignées grâce à des processus de réflexion interculturelle et de changement mené par la communauté.
Le projet de loi approuvé adopte une approche non punitive. Plutôt que de criminaliser les familles ou les communautés, il vise à les impliquer en tant que partenaires du changement, en définissant des mesures explicites pour prévenir, traiter et éradiquer les MGF sur l'ensemble du territoire. Il établit une politique publique permanente de prévention et de prise en charge, renforce le système de santé national par le biais d'un suivi et d'un contrôle, et met en place un protocole de prise en charge pour les filles et les femmes concernées. Il prévoit également des campagnes de sensibilisation intégrant les perspectives de l'égalité des genres, de l'interculturalisme et des droits humains.
Le rôle de Plan International
Plan International a soutenu le projet de loi par le biais de forums, notamment des petits-déjeuners de travail avec des sénateur·rice·s et leurs équipes en Colombie, afin de sensibiliser les participant·e·s et de leur fournir des conseils conceptuels et techniques pour éliminer cette pratique néfaste. En collaboration avec d’autres organisations, Plan International a financé la logistique nécessaire à la participation des femmes leaders de la Gran Nación Emberá aux forums de consultation du Sénat, garantissant ainsi que leurs voix aient influencé le projet de loi.
Plan International travaille depuis de nombreuses années avec les familles, les communautés et d’autres organisations en Colombie pour mettre fin aux violations des droits des enfants. L’adoption de ce projet de loi constitue une avancée importante, mais des actions continues seront nécessaires pour remettre en cause les normes de genre néfastes et garantir un changement durable.